Artivle paru dans l'humanité du 4 mai 2006
Le supplice d’un condamné à mort
États-Unis . Joseph Clark a été tué mardi dans l’Ohio. Avant que son décès soit constaté, il a agonisé pendant quatre-vingt-dix minutes insoutenables.
« Ça ne marche pas ! Ça ne marche pas ! » Joseph Clark est étendu sur la table de la salle d’exécution de la prison de Lucasville (Ohio). Condamné à la peine capitale en 1984 pour une série d’attaques et le meurtre de deux personnes, sa mise à mort par injection létale, un cocktail de poisons provoquant l’arrêt cardiaque, a été programmée pour ce mardi 2 mai, à 10 heures du matin. Une première voie intraveineuse a été placée dans son bras gauche. Vingt-cinq minutes plus tard, l’équipe chargée de l’exécution cherche une veine dans le bras droit pour lui injecter une seconde dose de sédatif, selon « la procédure ». La veine explose. Nouvelle tentative dans la jambe. « Ça ne marche pas », crie Joseph Clark. Le rideau est tiré sur la vitre derrière laquelle la famille des victimes et des journalistes assistent à l’exécution. Joseph Clark aurait gémi, pleuré, grogné, rapportent les témoins. Quarante minutes plus tard, il respire encore. L’heure du décès ne sera finalement prononcée qu’à 11 heures 26, soit quatre-vingt-dix minutes après le début de l’exécution. Interpellé, le directeur de la prison, Terry Collins, a prétexté le passé de toxicomane du condamné pour expliquer la lente agonie, précisant que les autorités pénitentiaires vérifieront les conditions de la procédure.
L’Union américaine des libertés civiles (ACLU), scandalisée, a immédiatement réagi en demandant la suspension des exécutions par injection létale, pratiquée dans 37 des 38 États américains où la peine de mort a été rétablie depuis 1977, exception faite du Nebraska qui a recours à la sinistre chaise électrique. Les abolitionnistes se sont saisis de « l’affaire Clarks » pour rappeler que l’injection létale contrevient au huitième amendement de la Constitution interdisant les « châtiments cruels et inhumains ».
Ces derniers mois, des juges ainsi que la Cour suprême, qui n’a pas franchement la réputation de s’apitoyer sur le sort des condamnés à mort, ont suspendu plusieurs exécutions, estimant qu’aucune preuve ne certifiait l’état d’inconscience du condamné au moment de l’injection. Le 16 avril 2005, l’hebdomadaire médical britannique the Lancet avait publié une étude consternante sur ce procédé. Selon l’éditorialiste de la revue, le condamné meurt la plupart des fois « éveillé, paralysé, incapable de bouger, de respirer, alors que le potassium lui brûle les veines ». « Les conditions dans lesquelles on exécute les condamnés à mort aux États-Unis ne répondent même pas aux critères requis par les vétérinaires pour tuer des animaux ».
Le supplice monstrueux de Joseph Clark fera-t-il jurisprudence ? Au-delà de la méthode d’exécution, l’enjeu reste l’abolition d’une pratique inhumaine et absurde. En 1848 déjà, dans un plaidoyer contre la peine de mort, Victor Hugo lançait devant l’Assemblée constituante : « Voyez, examinez, réfléchissez. Vous tenez à l’exemple. Pourquoi ? Pour ce qu’il enseigne. Que voulez-vous enseigner avec votre exemple ? Qu’il ne faut pas tuer. Et comment enseignez-vous qu’il ne faut pas tuer ? En tuant. »
Cathy Ceïbe